Assise sur les longues planches teintes, aussi présente qu'absente.
Coeur tendre, surface sombre.
Tout comme le bois.
Je regarde la sève collante qui est remontée avec la chaleur, laissant des traces blanches ça et là.
Le bois est vivant.
Lui, il me parle encore comme quelqu'un qui est convaincu de penser à ma place.
C'est l'impression qu'il me donne.
Il n'est pas le premier.
J'aime autant penser au bois sous mes jambes.
Je le regarde encore, je fouille les traits de son visage, cherche dans son regard.
Je n'ai plus envie de l'entendre.
Je prends pourtant le temps de lui répondre, encore une fois, après une autre phrase qui, l'air de rien, tend à m'amener sur un chemin où je ne veux pas aller.
Je vais ouvrir la bouche, mais il va encore faire celui qui n'a pas entendu et la réaction sera un genre de surprise.
Je refuse d'aller dans son sens.
Il a commencé ouvertement en me parlant de mes cheveux.
Il a dit que je devrais me laisser pousser les cheveux.
Il aime imaginer lorsque j'avais les cheveux longs, comme ceux de ma fille.
Il dit que la première chose qu'il regarde chez une femme, ce sont ces cheveux.
Je suis lasse.
Au départ, je l'ai trouvé rustre, et simplement maladroit.
Je ne suis plus choquée par grand chose, je ne suis pas non plus naïve, mais je reste habitée par une certaine innocence, et il y a des propos, des manières de faire, qui me froisse, me chiffonne, me roule en boule en dedans.
Lui, maintenant, il m'ennuie, quand il ne m'agace pas tout court.
Je réponds gentiment, je contourne.
Je ne cherche pas à faire entrer un homme dans ma vie. Je n'en ai pas envie. Et d'ailleurs, au vue de mes dernières relations, j'ai beaucoup trop de raisons de ne pas avoir envie, là, tout de suite.
Il a cette façon de parler qui fait sonner l'alarme dans ma tête.
Je souris intérieurement en même temps. Il me prend pour une gourde...
Ou alors il est beaucoup trop sûr de lui.
Voir les deux à la fois.
C'est lassant.
C'est épuisant.
Cette façon qu'on eu les hommes dans ma vie de vouloir me faire croire qu'ils avaient le droit de penser que j'étais séduite, pire, amoureuse.
Cette façon déplacée de vouloir me faire plier, comme pour me convaincre que je me voiles la face en osant imaginer que je ne ressens rien, que je ne suis pas sous le charme ou que je n'ai pas besoin de tendresse comme tout le monde.
Je suis agacée.
Non, en fait, je suis excédée, par cette incapacité de leur part à faire la différence entre mon caractère prévenant, attentionné, ma douceur naturelle, et une quelconque séduction que je suis censée mettre en pratique.
Épuisée de devoir encore supporter d'entendre des mots stupides, arrogants, sentant tout simplement le mâle trop assuré qui se gargarise, s'auto-persuade et refuse d'entendre.
C'est être niée. C'est terriblement rabaissant. Voir humiliant.
Etre renvoyée comme ça, d'emblée, au rang de poupée qui dit oui.
Je supporte encore l'insulte, une fois de plus, une fois de trop.
A croire que d'être face à une jeune mère célibataire, ça donne le sentiment d'être un super mâle aux jeunes cons. Et ça n'est pas une question d'âge malheureusement.
Je suis bien, seule.
Je sais être avec un homme sans pour autant penser à un quelconque contact qui engagerait je ne sais quel dérapage, contrôlé ou pas.
Je n'aime pas la perspective d'un dérapage, d'autant que je suis mère.
Je n'ai pas envie de m'amuser, ce genre de jeux ne m'amuse pas.
Ca ne m'a jamais amusé.
Jamais.
Je me demande encore ce que je vais pouvoir lui dire.
Je n'ai pas envie de devenir agressive, mais je sens que ça monte.
Je dois garder mon calme, il y a lui maintenant, et les autres avant.
L'accumulation fait monter la tension sans doute plus vite et plus fort qu'il ne faudrait.
Je tente de lui expliquer, les hommes.
Les hommes à travers moi.
Ceux que j'ai rejeté.
Ce que j'en ai gardé. Ce qui me porte encore.
Ceux que j'aime.
Parce que je ne me considère pas tellement comme une femme seule.
J'aime des hommes. Mais je n'ai ni besoin de leur présence physique, ni besoin de quelconque contact palpable dans mon présent pour ressentir leur amour et leur en porter.
J'aime les hommes respectables.
Lorsque je me lève, je sors de la torpeur de la nuit souvent encore emplie de leur prévenance et de leur douceur.
C'est à dire que si je m'envole pour des sommets, en étant prêts de ceux qui tournent leur regard encore plus haut, ça n'est pas que ça ne regarde que moi, je le partagerai volontiers, mais c'est aussi profondément personnel que complétement... ouvert.
Lorsque je m'assoies, je retourne dans les bras surs.
Si moindrement je faiblis, si je doutes, je les sais vivants, et je me sens pilier inébranlable.
Je pourrai en dire plus, je n'ai pas besoin d'un autre amour que celui là.
C'est celui que j'ai toujours cherché, celui qui m'a toujours porté, et j'ai souffert longtemps de constater le manque d'ouverture dans le cœur des gens pour au moins laisser filtrer la lumière...
Chacun sa route.
Je referme la porte, ça demanderait des heures de discussion d'en parler.
Je pourrai aussi bien lui dire, raconte moi, toi, ton chemin.
C'est ce que je fais.
Mais il y voit encore un moyen de me raccrocher à lui.
Comme si ma destinée était liée à la sienne, et qu'il fallait que je lui tombe dans les bras.
J'ai beau lui rappeler, quelque part, j'aime trop haut, trop grand, trop vaste.
Je lui explique quel genre d'homme possible, éventuellement, si jamais, quelqu'un dans ma vie, à mes côtés, jour après jour.
Je veux qu'il comprenne, je peux apprécier sa présence, de le découvrir.
Mais qu'il prenne un air surpris quand je lui dis, j'ai sommeil, tu peux dormir là si tu veux, alors que je lui désigne ma chambre libre, et que je me dirige vers celle de ma fille:
"tu vas dormir là?"
Oui, je vais dormir seule, je te propose le lit, certainement que je préparerai le petit déjeuner avec plaisir, mais je ne t'ai jamais invité à imaginer que j'avais envie d'un contact physique.
Ce problème de mise à distance est pire qu'oppressant.
Il m'éloigne de plus en plus des hommes, de certaines femmes aussi, agressives dans leur manière d'agir, dans la séduction permanente, dans les rapports de force.
Il faut toujours trouver la juste mesure de mise à distance.
Expliquer que l'écoute est possible de ma part, et après ces quelques années, je me trouve patiente...
Je reste ouverte à l'échange, pas à ce qu'on m'agresse.
Je suis épuisée d'être agressée.
Par le jeune homme qui insiste beaucoup trop.
Par celui avant l'autre qui n'a pas supporté que je le repousse, ayant décidé, moi, de me respecter, en tant que corps et personne humaine.
Par d'autre encore, en choisissant plutôt le silence... le silence et l'oubli.
En tâchant de repousser la colère, et la douleur.
Encore, retrouver le calme intérieur, et refuser de laisser l'agresseur prendre de la place.
Fatiguée de devoir me regarder dans une image qui est supposée être moi lorsqu'elle n'est que la projection des désirs de l'autre.
Fatiguée de devoir faire le tri entre cette image et qui je suis.
Lasse de perdre du temps à tenter de faire le tri dans la tête de l'autre...
Simplement... qu'on me fiche la paix si on est incapable de communiquer.
Et qu'est ce qu'on veut encore me prendre de force à surenchérir?
C'est assise au bord de l'eau glacée qui dévale que je me souviens.
J'ai été cette petite fille déjà trop sûre de qui j'étais, de ma sensibilité, et de ce monde autour, comme aveugle.
Comme si je savais voir et sentir quelque chose de plus grand qui unissait tout, une évidence, mais que les autres ne se sentaient que divisés et n'avaient de goût que pour l'affirmation de leurs propres désirs... en voulant me les imposer jusqu'au point de me faire croire que ce sont les miens, de désirs.
Je préfère l'eau qui coule, l'eau qui descend du ciel et retourne à l'océan.
Combien de gouttes jusqu'ici?
L'océan est vaste.
L'océan ne refuse aucune rivière.
lundi 11 mars 2013
Fin de la saison des pluies - Un bénitier rempli de sable rouge, noir... blanc
J'ai toujours aimé le parfum de la terre humide après la pluie.
Il y avait un fond de bitume chaud, tout juste l'éclat de glissement des pneus sur la route fumante.
Enfant, je me rappelle des chemins de sable creusés par les pluies violentes pendant les cyclones.
J'étais fascinée par ces trous un rien boueux, chargés de poussière, à l'eau opaque qui formait comme un miroir quand rien ne venait troubler la surface.
Un peu plus loin, la houle perdait en force après plusieurs jours de vagues qui dévoraient le rivage.
La mer recouvrant les petits bassins de lave noire où je m'amusais à jouer de longues heures sous le soleil.
L'hiver rentre doucement, la chaleur se fait moins mordante.
Le ciel me pesait ce matin, et puis, au fil des heures, des masses blanches, grises, sont venues s'amasser par grappes au dessus de ma tête.
Une sorte de silence m'agrippe là haut lorsque je me laisse porter par le souffle qui pousse doucement les nuages.
Les premières gouttes de pluie sonnent toujours comme une délivrance.
Un tintement léger, les feuilles effleurées, les feuilles pliées, les oiseaux qui s’ébrouent, les odeurs qui remontent de la terre.
Les verts ont l'air plus tendre, plus profond.
Juste le temps d'aller chercher le pain et j'ai eu la sensation de remarcher dans mes pas de petite fille, d'adolescente, en quelques minutes.
Sur le chemin, le parfum puissant des goyaves tombées sur le sol, un rien éclatées, mûres, délaissées un temps par les oiseaux.
L'océan ramène tellement de choses sur le rivage...
Il y a quelque chose de mat, comme un silence blanc, tapis entre les branches, quelque chose de statique après la pluie.
Elle a été légère, suffisante pour rafraichir l'air, mouiller le sable et faire naître des variations superbes jusqu'à l'horizon.
J'ai marché comme la petite fille qui sortait de l'eau après s'être laissée roulée par les vagues, les yeux fermés, sous la surface.
Là, en boule, dépliant le corps au rythme des mouvements de l'océan.
Petits pas pesants.
Je sens mon regard d'enfant lourd, grave, perçant.
La petite main saisissant une porcelaine entière trouvée entre les grains de sable.
Il y avait tellement plus de coquillages avant.
Il y avait... le goût de l'eau infiniment douce après des heures dans le sel qui finit de former une peau cristalline sur la première peau.
Je ne crois pas avoir tant changé dans le fond, sous mes craquelures salées.
La distance entre moi et le monde.
Le reste du monde.
Les gens.
Toute attentive, pétrie par cet océan.
Nue dedans.
Comme là.
Le bonheur intense du vent.
Du souffle du vent.
Le large.
L'envie d'ouvrir les bras et de me laisser porter au dessus, loin, perdue entre deux nappes de nuages.
Dévaler sur la colline, gouttes par gouttes, disparaître.
A chaque pas, mon propre souffle emporté.
Venu de quelque part en moi, peut être plus loin que ça, un air.
Un air d'avant.
Un murmure.
Un fredonnement.
Une mélodie comme une prière.
Rien qu'un souffle.
Un souffle transperçant du dehors depuis le dedans.
Aspirer de l'air.
Expirer de l'air.
Comme une prière.
Avant même le son, la lettre, le mot.
Le sens est là pourtant.
Respire.
Je me vois encore, je me sens... différente, à l'écart, solitaire.
Entre les livres et les marches longues.
Les cheveux longs pour me couvrir.
Les relever pour travailler.
Le corps mal à l'aise, rassuré par ces seins juvéniles qui refusent de changer.
Cette peur d'être femme, sous les regards, cette peur de savoir déjà, je suis femme.
Et l'homme qui ne convient jamais.
Le manque de maturité autour.
Le goût de la solitude pour ça.
La distance toujours.
Je suis là, toujours.
Dans le souffle. Par le souffle.
A l'intérieur d'un silence niché au cœur d'une multitude de sons.
Les vagues fracassantes. Les oiseaux derrière. Les éclats de rire d'enfants.
Tout disparait, dans le silence blanc.
Une plume de Martin Triste sous mes pas, et je me rappelle une certaine foret, une envolée de corbeaux.
Je souris en me rappelant, malgré moi, j'ai toujours préféré la Nature aux hommes.
J'aime les hommes qui se perdent pour mieux se trouver dans la Nature.
Les plumes, les masques, les peaux.
Quand ils font tombés les armes.
Ceux qui n'en reviennent jamais.
Ceux qui trébuchent, hésitent, muent par le désir d'en dire, d'en partager.
Mais l'on est surement que maladresse, gaucherie, et cruellement enchainé.
Insurpassable et indicible Nature.
Le silence blanc est le plus fort.
Déjà depuis l'en dedans.
Avant même de naître.
J'y pense parfois. Avant moi. Avant ce qui fait moi. Les vies que je porte, que je suis, par qui je suis.
Je ne peux pas m'empêcher de respirer profondément pour ça.
Fascination pour les quatre coins du monde où on a cherché à dire, à désigner, comme pour mieux maitriser, la puissante Nature.
Les signes, les traces, les couleurs, les codes.
Ici, c'est tellement jeune.
Le Temple est la lave elle même.
Le Temple est l'océan qui se soulève.
Les vents orageux et les nuages dispersés.
Le Temple est caché, morcelé, dans une forêt des bouts du monde.
Et j'aime parler à la pierre...
J'aime croire au feu dans mes mains, aux couleurs qui courent sous ma peau.
J'aime être la mousse, le lichen sur la pierre, en lézardes glacées prêt de l'eau.
J'ai cru pouvoir apercevoir un homme caché derrière un arbre, plus qu'au creux d'une vague.
Je suis femme des hauteurs.
Jusqu'aux scories rouges, au sable brûlant sous le vent.
Là où il n'y a plus d'arbre.
Là où assise je ne parle qu'à la pierre, aux couleurs de la pierre, au feu et au vent.
Entre les couches de noir et noir plus noir encore.
Au creux des porosités, dans les bulles d'air, les transparences de verre.
Les pentes, les cailloux.
Les craquements.
Les crissements.
La pierre.
Le sang et la poussière.
L'homme doit être quelque part.
Dans la poussière.
Ceux que je devine sont assis et siègent à se fondre là où ils se trouvent.
Je les ai toujours regardé de loin.
Loin dedans.
Loin dans les hauteurs.
Ils sentent la poussière du sol, la jungle, le riz et le coton.
C'est difficile à dire.
Ils sont nuages.
Plus loin encore.
Et moi, moi j'ai toujours disparu dedans.
Il y avait un fond de bitume chaud, tout juste l'éclat de glissement des pneus sur la route fumante.
Enfant, je me rappelle des chemins de sable creusés par les pluies violentes pendant les cyclones.
J'étais fascinée par ces trous un rien boueux, chargés de poussière, à l'eau opaque qui formait comme un miroir quand rien ne venait troubler la surface.
Un peu plus loin, la houle perdait en force après plusieurs jours de vagues qui dévoraient le rivage.
La mer recouvrant les petits bassins de lave noire où je m'amusais à jouer de longues heures sous le soleil.
L'hiver rentre doucement, la chaleur se fait moins mordante.
Le ciel me pesait ce matin, et puis, au fil des heures, des masses blanches, grises, sont venues s'amasser par grappes au dessus de ma tête.
Une sorte de silence m'agrippe là haut lorsque je me laisse porter par le souffle qui pousse doucement les nuages.
Les premières gouttes de pluie sonnent toujours comme une délivrance.
Un tintement léger, les feuilles effleurées, les feuilles pliées, les oiseaux qui s’ébrouent, les odeurs qui remontent de la terre.
Les verts ont l'air plus tendre, plus profond.
Juste le temps d'aller chercher le pain et j'ai eu la sensation de remarcher dans mes pas de petite fille, d'adolescente, en quelques minutes.
Sur le chemin, le parfum puissant des goyaves tombées sur le sol, un rien éclatées, mûres, délaissées un temps par les oiseaux.
L'océan ramène tellement de choses sur le rivage...
Il y a quelque chose de mat, comme un silence blanc, tapis entre les branches, quelque chose de statique après la pluie.
Elle a été légère, suffisante pour rafraichir l'air, mouiller le sable et faire naître des variations superbes jusqu'à l'horizon.
J'ai marché comme la petite fille qui sortait de l'eau après s'être laissée roulée par les vagues, les yeux fermés, sous la surface.
Là, en boule, dépliant le corps au rythme des mouvements de l'océan.
Petits pas pesants.
Je sens mon regard d'enfant lourd, grave, perçant.
La petite main saisissant une porcelaine entière trouvée entre les grains de sable.
Il y avait tellement plus de coquillages avant.
Il y avait... le goût de l'eau infiniment douce après des heures dans le sel qui finit de former une peau cristalline sur la première peau.
Je ne crois pas avoir tant changé dans le fond, sous mes craquelures salées.
La distance entre moi et le monde.
Le reste du monde.
Les gens.
Toute attentive, pétrie par cet océan.
Nue dedans.
Comme là.
Le bonheur intense du vent.
Du souffle du vent.
Le large.
L'envie d'ouvrir les bras et de me laisser porter au dessus, loin, perdue entre deux nappes de nuages.
Dévaler sur la colline, gouttes par gouttes, disparaître.
A chaque pas, mon propre souffle emporté.
Venu de quelque part en moi, peut être plus loin que ça, un air.
Un air d'avant.
Un murmure.
Un fredonnement.
Une mélodie comme une prière.
Rien qu'un souffle.
Un souffle transperçant du dehors depuis le dedans.
Aspirer de l'air.
Expirer de l'air.
Comme une prière.
Avant même le son, la lettre, le mot.
Le sens est là pourtant.
Respire.
Je me vois encore, je me sens... différente, à l'écart, solitaire.
Entre les livres et les marches longues.
Les cheveux longs pour me couvrir.
Les relever pour travailler.
Le corps mal à l'aise, rassuré par ces seins juvéniles qui refusent de changer.
Cette peur d'être femme, sous les regards, cette peur de savoir déjà, je suis femme.
Et l'homme qui ne convient jamais.
Le manque de maturité autour.
Le goût de la solitude pour ça.
La distance toujours.
Je suis là, toujours.
Dans le souffle. Par le souffle.
A l'intérieur d'un silence niché au cœur d'une multitude de sons.
Les vagues fracassantes. Les oiseaux derrière. Les éclats de rire d'enfants.
Tout disparait, dans le silence blanc.
Une plume de Martin Triste sous mes pas, et je me rappelle une certaine foret, une envolée de corbeaux.
Je souris en me rappelant, malgré moi, j'ai toujours préféré la Nature aux hommes.
J'aime les hommes qui se perdent pour mieux se trouver dans la Nature.
Les plumes, les masques, les peaux.
Quand ils font tombés les armes.
Ceux qui n'en reviennent jamais.
Ceux qui trébuchent, hésitent, muent par le désir d'en dire, d'en partager.
Mais l'on est surement que maladresse, gaucherie, et cruellement enchainé.
Insurpassable et indicible Nature.
Le silence blanc est le plus fort.
Déjà depuis l'en dedans.
Avant même de naître.
J'y pense parfois. Avant moi. Avant ce qui fait moi. Les vies que je porte, que je suis, par qui je suis.
Je ne peux pas m'empêcher de respirer profondément pour ça.
Fascination pour les quatre coins du monde où on a cherché à dire, à désigner, comme pour mieux maitriser, la puissante Nature.
Les signes, les traces, les couleurs, les codes.
Ici, c'est tellement jeune.
Le Temple est la lave elle même.
Le Temple est l'océan qui se soulève.
Les vents orageux et les nuages dispersés.
Le Temple est caché, morcelé, dans une forêt des bouts du monde.
Et j'aime parler à la pierre...
J'aime croire au feu dans mes mains, aux couleurs qui courent sous ma peau.
J'aime être la mousse, le lichen sur la pierre, en lézardes glacées prêt de l'eau.
J'ai cru pouvoir apercevoir un homme caché derrière un arbre, plus qu'au creux d'une vague.
Je suis femme des hauteurs.
Jusqu'aux scories rouges, au sable brûlant sous le vent.
Là où il n'y a plus d'arbre.
Là où assise je ne parle qu'à la pierre, aux couleurs de la pierre, au feu et au vent.
Entre les couches de noir et noir plus noir encore.
Au creux des porosités, dans les bulles d'air, les transparences de verre.
Les pentes, les cailloux.
Les craquements.
Les crissements.
La pierre.
Le sang et la poussière.
L'homme doit être quelque part.
Dans la poussière.
Ceux que je devine sont assis et siègent à se fondre là où ils se trouvent.
Je les ai toujours regardé de loin.
Loin dedans.
Loin dans les hauteurs.
Ils sentent la poussière du sol, la jungle, le riz et le coton.
C'est difficile à dire.
Ils sont nuages.
Plus loin encore.
Et moi, moi j'ai toujours disparu dedans.
dimanche 10 mars 2013
Ils m'appellent Landy
Ça sonne comme le pays dont on ne revient pas
Land
Tsilaosa
Ça trébuche, ça écorche, comme les galets en avançant en laissant derrière soi tout le poids
Landy
La vie au bout des doigts
Tracée dans les nuages
Un fil fin
Un rayon de soleil
Un brin doré sous les pattes d'une araignée
Landy c'est Fihavanana en moi
Totsy me l'a dit
C'est le jour de Tsilaosa entre mes mains
Il me l'a dit d'abord quand j'étais enfant
Il m'a dit "Aurélie, c'est le lien d'or"
J'ai rougi
Il me l'a dit encore quand j'étais trop grande pour la balançoire
Et j'ai vu le fil enroulé en moi
Je l'ai vu vibrer et s'étirer
Remonter du coeur jusqu'au bout des doigts
Je l'ai vu aller loin, au delà de moi
Au dessus de la mer
J'ai dit "Ony c'est trop vaste pour moi"
Totsy a dit: "Landy, et ne t'en fais pas"
Land
Tsilaosa
Ça trébuche, ça écorche, comme les galets en avançant en laissant derrière soi tout le poids
Landy
La vie au bout des doigts
Tracée dans les nuages
Un fil fin
Un rayon de soleil
Un brin doré sous les pattes d'une araignée
Landy c'est Fihavanana en moi
Totsy me l'a dit
C'est le jour de Tsilaosa entre mes mains
Il me l'a dit d'abord quand j'étais enfant
Il m'a dit "Aurélie, c'est le lien d'or"
J'ai rougi
Il me l'a dit encore quand j'étais trop grande pour la balançoire
Et j'ai vu le fil enroulé en moi
Je l'ai vu vibrer et s'étirer
Remonter du coeur jusqu'au bout des doigts
Je l'ai vu aller loin, au delà de moi
Au dessus de la mer
J'ai dit "Ony c'est trop vaste pour moi"
Totsy a dit: "Landy, et ne t'en fais pas"
Extrême
http://www.lynxvilden.com/
Je "reviens" d'un bouquin
Ne l'est pas sous la main, à corriger dans quelques jours
Elle, c'est celle qui m'a le plus saisie, marquée
Revenir à l'essentiel
Vivre
Etrangeté depuis une île aussi jeune que la mienne
Où les modes de survie sont nécessairement différents
Il ne reste plus que des fantômes de dodos et de tortues
Pour un peu qu'on soit sur les côtes, on peut vivre de la pêche
Sous certaines conditions, le lagon étant particulièrement protégé
(même les requins ont un droit de vivre supérieur à la normale)
Peuplade d'oiseaux et d'insectes
Papillons protégés, alors les chenilles...
Les cours d'eau abritent anguilles et bichiques, pas plus
On peut toujours tenter le lézard
Ou comme le Papangue, les rongeurs
Du point de vue végétal, tout pousse à foison
La seule chose qui entrave la terre et l'homme
Le cyclone et les aléas des intempéries
L'eau est pure et claire à peu prêt partout
Bien qu'il y ait des bassins largement pollués
(à me donner envie de sortir le coup'coup', et ce ne sont pas les z'oreils qui sont responsables bien souvent...)
Construire un abri, faire du feu et vivre en forêt est particulièrement aisé
On peut même avoir la surprise de découvrir des micro cultures entre les arbres
Vieilles comme toutes jeunes
Plus extrême si on s'approche des sommets ou du volcan
Le paysage végétal, le climat et les conditions générales évolues selon les sites
Plus ou moins humide entre autre
La canne à sucre ne manque pas, même à l'état sauvage...
La bêtise de la plupart des gens, c'est de croire qu'il n'y a que sable fin et bleu d'azur
Mon île est sauvage
Elle n'est ni jungle ni désert
Elle est les deux à la fois
Rien de vraiment venimeux, de mortel
C'est le règne de la peuplade des airs et de la pierre encore brûlante
Sous la pluie...
Et chaque arbre, chaque plante, endémique, ou d'ailleurs
Raconte l'histoire d'une autre terre
Pour qui s'est l'entendre et se donne la peine
Combien de rastas...
Coquillages et noix de coco dans les bas
Dans les hauts...
C'est une longue histoire
J'ai la peur du coton dans les tripes
Je rêve de lin et de chanvre dans les champs
J'aime le vacao, le chocka et le bambou
Des fibres à tresser pour s'assoir, protéger de la lumière, faire des paniers, des sacs
Les calebasses
Pour cuire à la vapeur, comme plat, comme passoire, comme contenant pour conserver
Reste quelques endroits où il y a de la glaise à porter de doigts
Il faut être patient avec les racines
Toujours saisir les feuilles
Savourer les fruits
Quelques fleurs
Respecter le sucre
Avant, où je vis, à Bras Sec
On cultivait le riz et le thé
Le riz est la base de tout repas créole
Si on était logique, censé, ça fait des années qu'on aurait aménagé les flancs de l'île dans le Sud, Sud-Est
Travail tellement difficile
On devrait se rabattre sur le maïs et les tubercules
Pas mal de graines différentes aussi
Il y a bien du blé
Mais le riz...
J'ai presque honte de dire qu'on en produit toujours pas
Alors que les pluviométries et le relief s'y prêtent terriblement il me semble
C'est la différence entre une île parfaitement autonome qui a su tiré parti de tous ses atouts
Et une ancienne colonie française qui vit encore dans un genre de marasme, hantée par un passé trop proche, avec des flambées dans certaines têtes, où la haine et la colère submergent
Constat triste et négatif
Mais c'est aussi ça
Mon île...
Ça, et les yaourts locaux d'une certaine marque, avec du lait de vache local, qui coûtent le même prix que des yaourts importés
La différence?
Les yaourts importés ne contiennent PAS d'amidon de maïs modifié...
Tout juste consolée par la dernière récolte de "pistaches" (cacahuètes)
A griller et écosser
Pour broyer et faire le beurre de cacahuète
En pensant à ce pot, "Dakatine", inchangé
Produit colonial par excellence qui a laissé son nom au beurre de cacahuète lui même dans la langue
Lettre Morte
Le dimanche 10 mars 2013,
La Saline Les Bains
La chaleur se fait plus douce, le vent revient sur la côte, caressant le sable.
La marée m'a paru plus basse qu'à l'ordinaire sur la route.
Les flancs noirs découverts, l'écume qui éclate.
Le parfum d'algues et de sel deviné derrière le carreau.
Le dernier bus pour retourner là où j'ai marché de longues heures sur la plage.
Cet océan que j'ai mis à distance pour sentir d'avantage la puissance rocheuse des hauteurs.
Ce vertige fou depuis les sommets.
C'est étrange de retrouver le soleil qui s'efface dans l'eau.
Comme un éclair ravivant les images floues des carapaces dans les transparences et les bleus d'abysse.
Un jet de baleine à bosse, le petit tout contre la mère.
Ma petite contre moi, encore ensommeillée, poisseuse de sueur.
Je me sens loin.
Je respire mal.
Ce matin, je cherche le ventre de la terre derrière les nuages.
Il n'y a que ciel lourd, chargé, gris et lumière.
Une sorte de stagnation, nimbée par la pression atmosphérique...
la fraicheur ne descend pas.
La pluie semble me suivre pourtant, à chaque fois que je reviens, en bas.
Les cocotiers ont l'air différent, plus secs, plus bas.
Je lis la tristesse qui se penche dans les branches des filaos.
A Bras Sec, entre les pins et les cryptomérias, ils chantent forts.
Haut et clair.
Je m'inquiète de savoir si le papillon a quitté le stade de chrysalide dans ma maison.
Une angoisse soudaine.
Pris entre les murs, sans connaître le vol à l'extérieur, mort par la faim.
Triste.
Je déteste l'idée des ailes coupées, du souffle éphémère pris au piège, aussi court soit l'envol.
J'ai chaud, je respire mal.
Comme prise à la gorge par la torpeur ambiante où tout semble évoluer au ralenti.
Tellement fluide le petit matin, en ouvrant la porte, pour inonder la maison du bruit changeant de l'eau qui descend au dehors.
Fluide et calme.
Nu le son.
Dépouillé des pollutions urbaines.
Rempli de chants d'oiseaux, de craquements, d'insectes camouflés dans les hautes herbes.
Il n'y a plus que la robe rouge et noire du Cardinal pour me rassurer ici.
Tâche de feu dans les verts jaunis.
Encore l'amertume du thé, vert, dans la bouche.
Les doigts glacés de l'eau où j'ai trempé mes mains.
La nuque. La tête.
Le geste répété qui va chercher la pureté pour se sentir inonder.
Reprise dans le ventre de la mère.
S'écouler, laisser s'écouler tout ce qu'il y a derrière.
Etre là, assise, sur un rocher couvert de lichen.
Les paupières encore lourdes de la rosée sur les feuilles de songe.
Jeu d'enfant du matin, la petite main dans la mienne sur le chemin de l'école.
Elles sont longues les heures.
Le temps suspendu entre les branches.
Les minutes dissolues dans les courants qui lèchent la pierre.
Parfois, il me manque le frère.
Parfois.
Et puis j'oublie.
Je m'enfonce dans les bras de la forêt.
Je disparais dans le corps des ravines.
Le moindre souffle de vent m'emporte aux sommets.
J'oublie.
L'adresse. L'heure. L'histoire.
J'oublie jusqu'aux mots.
J'ai rendez vous avec les nuages.
Les étoiles.
Les brumes soudaines, les pluies fines et les trombes d'eau.
Une jungle avide à moi seule.
Sans poison, sans dangerosité.
Si ce n'est la perte de repère, à contempler un sommet du monde, à sentir trop fort l'espace qui semble de plus en plus vaste, à vouloir ouvrir les bras, me lover, disparaître.
Peut être que le frère ne me manque plus.
Est ce que j'en ai vraiment eu besoin un jour?
Et puis...
Est ce que je saurai faire encore?
Le lien étroit.
Suffoquer.
Torture que d'imaginer un jour quitter mes solitudes végétales.
Mon repos minéral et toutes les prières que le feu me murmure.
Malaise en pensant à l'agitation.
Tout passe.
J'ai toujours été sauvage.
La Saline Les Bains
La chaleur se fait plus douce, le vent revient sur la côte, caressant le sable.
La marée m'a paru plus basse qu'à l'ordinaire sur la route.
Les flancs noirs découverts, l'écume qui éclate.
Le parfum d'algues et de sel deviné derrière le carreau.
Le dernier bus pour retourner là où j'ai marché de longues heures sur la plage.
Cet océan que j'ai mis à distance pour sentir d'avantage la puissance rocheuse des hauteurs.
Ce vertige fou depuis les sommets.
C'est étrange de retrouver le soleil qui s'efface dans l'eau.
Comme un éclair ravivant les images floues des carapaces dans les transparences et les bleus d'abysse.
Un jet de baleine à bosse, le petit tout contre la mère.
Ma petite contre moi, encore ensommeillée, poisseuse de sueur.
Je me sens loin.
Je respire mal.
Ce matin, je cherche le ventre de la terre derrière les nuages.
Il n'y a que ciel lourd, chargé, gris et lumière.
Une sorte de stagnation, nimbée par la pression atmosphérique...
la fraicheur ne descend pas.
La pluie semble me suivre pourtant, à chaque fois que je reviens, en bas.
Les cocotiers ont l'air différent, plus secs, plus bas.
Je lis la tristesse qui se penche dans les branches des filaos.
A Bras Sec, entre les pins et les cryptomérias, ils chantent forts.
Haut et clair.
Je m'inquiète de savoir si le papillon a quitté le stade de chrysalide dans ma maison.
Une angoisse soudaine.
Pris entre les murs, sans connaître le vol à l'extérieur, mort par la faim.
Triste.
Je déteste l'idée des ailes coupées, du souffle éphémère pris au piège, aussi court soit l'envol.
J'ai chaud, je respire mal.
Comme prise à la gorge par la torpeur ambiante où tout semble évoluer au ralenti.
Tellement fluide le petit matin, en ouvrant la porte, pour inonder la maison du bruit changeant de l'eau qui descend au dehors.
Fluide et calme.
Nu le son.
Dépouillé des pollutions urbaines.
Rempli de chants d'oiseaux, de craquements, d'insectes camouflés dans les hautes herbes.
Il n'y a plus que la robe rouge et noire du Cardinal pour me rassurer ici.
Tâche de feu dans les verts jaunis.
Encore l'amertume du thé, vert, dans la bouche.
Les doigts glacés de l'eau où j'ai trempé mes mains.
La nuque. La tête.
Le geste répété qui va chercher la pureté pour se sentir inonder.
Reprise dans le ventre de la mère.
S'écouler, laisser s'écouler tout ce qu'il y a derrière.
Etre là, assise, sur un rocher couvert de lichen.
Les paupières encore lourdes de la rosée sur les feuilles de songe.
Jeu d'enfant du matin, la petite main dans la mienne sur le chemin de l'école.
Elles sont longues les heures.
Le temps suspendu entre les branches.
Les minutes dissolues dans les courants qui lèchent la pierre.
Parfois, il me manque le frère.
Parfois.
Et puis j'oublie.
Je m'enfonce dans les bras de la forêt.
Je disparais dans le corps des ravines.
Le moindre souffle de vent m'emporte aux sommets.
J'oublie.
L'adresse. L'heure. L'histoire.
J'oublie jusqu'aux mots.
J'ai rendez vous avec les nuages.
Les étoiles.
Les brumes soudaines, les pluies fines et les trombes d'eau.
Une jungle avide à moi seule.
Sans poison, sans dangerosité.
Si ce n'est la perte de repère, à contempler un sommet du monde, à sentir trop fort l'espace qui semble de plus en plus vaste, à vouloir ouvrir les bras, me lover, disparaître.
Peut être que le frère ne me manque plus.
Est ce que j'en ai vraiment eu besoin un jour?
Et puis...
Est ce que je saurai faire encore?
Le lien étroit.
Suffoquer.
Torture que d'imaginer un jour quitter mes solitudes végétales.
Mon repos minéral et toutes les prières que le feu me murmure.
Malaise en pensant à l'agitation.
Tout passe.
J'ai toujours été sauvage.
vendredi 8 mars 2013
Femme - maison
Je m'étire à la cime des cryptomérias
Les poumons pleins
Sous l'aile du vent
A ne jamais cesser de caresser du regard les sommets qui m'abritent
En pensant chaque jour au vol du papangue
A vouloir prendre mon envol
A flirter avec les nuages
Je m'étire à la cime des cryptomérias
Mon lit est celui de l'eau
Jonchée de feuilles mortes, de feuilles où l'eau glisse, de couleurs de feu tapies sous la mousse
Ma maison est ouverte
Ma maison est à la croisée des sentiers
Quelque part entre les arbres
Depuis les troncs jusqu'aux lattes longues sur lesquelles je glisse en savourant chaque heure du jour
Guettant le soir tendre, où la fraicheur s'élève à tout embrumer
Lovée dans le crépitement des flammes
Ma maison est ouverte
Elle attend
Les passages, les chemins, les histoires, les lendemains
Le partage, le pain de la route, les graines qui poussent
Je m'endors sur des champs de bataille entre deux forêts voisines
Je m'endors sur les pierres encore chaudes de soleil où des pieds nus ont soulagés leurs pas
Je m'endors dans les bas ce soir
Je cherche le bruit de l'eau
L'embrun
Les étoiles
Là où j'ai laissé mon tatami, mon futon
Au creux du pin qui sent encore fort
A attendre demain la venue de ma grand mère
La seule de sa fratrie à être née ici
Les autres à Madagascar
Tsilaosa plein la tête
Devalant encore dans tout mon corps
A chercher l'eau glacée qui ne s'écoule plus que par la tuyauterie
Les pieds sur un bois étrangement étranger
Légère
J'attends les quelques jours qui viennent
Où mon futon va recevoir
Où mes mains vont parcourir
Mes mains effacées
D'autres histoires
En espérant insuffler un peu d'air pur de là haut
J'attends sans attendre
C'est au delà
Beyond...
Je suis restée dans la puissance odeur de sève
Dans le matin jamais le même
En couleurs éclaboussées sur la terre noire, marrone, rouge
Feu et verte
Jamais la même
Ma maison est ouverte
J'ai peur de m'attacher trop fort
De sentir mes racines
De m'y prendre
De vouloir laisser les araignées prendre la place
Marcher encore
Je suis toujours arrivée ici
A toucher le ciel du bout des doigts
Le corps étendu vers le soleil
Fondue dans la roche palpitante
Même verdoyante
Même lézardée de cascades folles
Abritée sous des milliards de gouttes en mouvement
Je me demande
Le parfum de la terre
La force du vent
Là haut
Là bas
Quand l'arc-en-ciel
Quand la neige
Fondre et disparaitre dans la terre
Fondre
Le sable est du verre
Je m'enfonce dans les transparences
D'eau
De vent
Ouverte
ma maison
Femme...
La terre sous les ongles, la dernière graine de soja poussée dans le sol, je sens tout le poids du germe
Combien de temps à attendre l'eau quand le sol craque, poussière?
Combien d'heure sous les torrents qui font déborder les rizières?
Celle qui marche dans le désert pour une gorgée...
La bruine entre nuages et soleil
L'eau qui dévale la pente sur le chemin de ma maison
En lisière de forêt
Celle qui arpente le bitume fumant
Prise aux poumons par la pollution
Celle sous le voile collant la peau par la sueur et le poids des regards
Des siècles
Des kilomètres
En germe
L'humanité
Ce que la première dame nous donne
Ce qu'on lui rejette
Le sol sous mes pieds
Les lambeaux de nuages qui s'étirent à la cime du Piton des Neiges
Les sentiers
Les chemins de lave
Le métal qui a fondu
Les armes qui ont tranchées
Les balles qui sont parties
Les canons
Les fusils
Les armes... dans les mains des enfants
La bruine sur ma peau
Le coeur à exploser dans ma poitrine
Vivante
Libre
Et vivante
Le germe d'humanité dans mes mains
Ce qu'il reste de la terre
Ce qu'elle peut encore offrir
Ce qu'il reste à faire
Tous ces regards au travers desquels je veux voir
Ne jamais oublier
Toujours y penser
Dans la pente
Remonter le courant
Sur les rochers encore fumant dans ma mémoire
Elle palpite, la terre
Je palpite avec elle
Je respire autant que je suffoque
De la jungle à la cité
Des tours au désert
Vouloir tout embrasser
Du regard au moins
De loin en loin
De proche en proche
A ne plus savoir qu'en dire
Si ce n'est m'assoir et me rappeler
Une parmi d'autres
Sous le même soleil
Clémente la terre
Qu'elle le soit
Aussi fort que j'entends le pouls sous mes pas
Tout reste à faire
Combien de temps à attendre l'eau quand le sol craque, poussière?
Combien d'heure sous les torrents qui font déborder les rizières?
Celle qui marche dans le désert pour une gorgée...
La bruine entre nuages et soleil
L'eau qui dévale la pente sur le chemin de ma maison
En lisière de forêt
Celle qui arpente le bitume fumant
Prise aux poumons par la pollution
Celle sous le voile collant la peau par la sueur et le poids des regards
Des siècles
Des kilomètres
En germe
L'humanité
Ce que la première dame nous donne
Ce qu'on lui rejette
Le sol sous mes pieds
Les lambeaux de nuages qui s'étirent à la cime du Piton des Neiges
Les sentiers
Les chemins de lave
Le métal qui a fondu
Les armes qui ont tranchées
Les balles qui sont parties
Les canons
Les fusils
Les armes... dans les mains des enfants
La bruine sur ma peau
Le coeur à exploser dans ma poitrine
Vivante
Libre
Et vivante
Le germe d'humanité dans mes mains
Ce qu'il reste de la terre
Ce qu'elle peut encore offrir
Ce qu'il reste à faire
Tous ces regards au travers desquels je veux voir
Ne jamais oublier
Toujours y penser
Dans la pente
Remonter le courant
Sur les rochers encore fumant dans ma mémoire
Elle palpite, la terre
Je palpite avec elle
Je respire autant que je suffoque
De la jungle à la cité
Des tours au désert
Vouloir tout embrasser
Du regard au moins
De loin en loin
De proche en proche
A ne plus savoir qu'en dire
Si ce n'est m'assoir et me rappeler
Une parmi d'autres
Sous le même soleil
Clémente la terre
Qu'elle le soit
Aussi fort que j'entends le pouls sous mes pas
Tout reste à faire
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