mercredi 10 juillet 2013



Elle s'appelle Hawa Akhter 
Elle a 21 ans
Son mari lui a fait croire à une surprise 
Les yeux bandés, elle lui fait confiance, aveuglément 
Il lui a coupé les doigts de la main
Pour l'empêcher d'étudier


Vent glacé

L'eau bouillante.
Le bouillon clair.
Les légumes en morceaux mis à cuire dans l'eau et le miso.
De côté, boire, seulement supporter de boire.
Courgette, chouchou, shiitake, algues, ail, siave.

L'eau bouillante.
Le thé.
Le thé noir vanillé, l'ajout de cardamome.
Le thé noir.
Earl Grey.

Sucre roux de canne.
Miel.
Gula.

Lait...

L'eau bouillante.
Le thé.
Le thé vert.
L'himalayen équilibrant.
Les brindilles japonaises rassurantes.
Doux, l'hiver.
Tilleul.

Le lait.
L'amande et le riz.

N'avoir envie que de riz.
La bouillie crème velours rassurante.
Celle qui se mélange aux légumes mixés.
Celle qui fait la sauce crémeuse.
Le mochi.
Enroulé autour des dernières fraises.
A peine sucré, avec du pamplemousse confit.
Parfumé à la prune salée à la réglisse.
La prune regonflée à l'eau bouillante dedans, cuite dans l'eau restante.
Le riz collant sur les doigts.
Mochi... salé.
Soja et sésame.
Croustillant.
Aéré.
Enrobé de nori.
Galettes...
Tartinées de miso et de purée d'amandes, ou saupoudrées de sésame.
Noix de cajou et noisette pas loin.
Mais...

Amande et riz.
Riz et amande.
Lier, délier.

Eau bouillante.

Revenir doucement à la citrouille.
Brèdes autant qu'il y en a, toujours.

Texture en bouche.
Jouer entre le velours et le croquant.

Accorder mon corps à ma soif.

Touche de lait de coco.

Tamarins.
Les doigts sur les longues écorces d'ici, la tête dans les branches de Thaïlande.

Gojis.
Citrons.
Cranberries.

Bonheur de Sapotille.
L'acidité enfantine.
L'explosion de bonheur en bouche.
L'odeur forte, les graines longues.

Papaye, verte et mûre.
Pomme croquante.

Bouillon miso.

Tanguer dans les algues.

Le corps plongé dans le corps des rizières.

Douce amère.

Les mains accrochées aux branches.
Amande.
Douce amère.
Jusque sur la peau.
A aller chercher du dedans la terre, la sève, les branches, les feuilles.

L'eau.






Kukicha...

Un jour, en été, je m'étais rendue chez lui, mais, pour ce qu'il était sorti, je ne l'avais pu voir. Cependant, il y avait là un vase contenant un lotus, de toute beauté:

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Kite mireba
hito koso miene
iho morite
nihohu hachisu no
hana no tahutosa

Je viens en visite
et personne ne paraît
Gardant le logis
un lotus épanoui
dans sa magnificence


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okaheshi (sa réponse):

miahe suru
mono koso nakere
kogame naru
hachisu no hana wo
mitsutsu shinobase

Pour vous faire accueil
je n'avais rien à servir
Dans son petit vase
cette fleur de lotus
admirez-la  s'il vous plaît


In La Rosée d'un lotus
de Ryokan et Teishin

Mickiyuki

[...] on raconte l'histoire du capitaine Fukakusa qui tombe amoureux de la poétesse Ono no Komachi, qui a promis d'être à lui après qu'il sera venu cents nuits la voir; il expire la quatre-vingt-dix-neuvième nuit.

Il est question de ce thème dans les pièces de Nô Kayoi Komachi et Sotoba Komachi.
Dans le Haifu yanagidaru, l'histoire se transforme:
Komachi est courtisane du Yoshiwara dont le registre de clients est bien garni.
Son amant, loin d'être ardent, la néglige, si bien que:

Horecho wo
Kuju ku ya me ni
Keshite oki

La quatre-vingt-dix-neuvième nuit -
Elle le raya
Du registre des amoureux.

La même histoire est parodiée dans le recueil de kobanashi, Kanoko machi:
un homme envoie des billets doux à une dame aristocrate qui lui promet enfin d'être à lui s'il vient la voir tous les soirs pour cent nuits, et il doit confirmer son passage en laissant un signe sur la station de voitures près du portique.
Chaque nuit, qu'il pleuve ou qu'il vente, l'homme vient laisser son signe; la dame, impressionnée par un tel dévouement, envoie sa servante le convier à sa chambre.
Chose étrange, l'homme hésite et reste quelque peu déconcerté; lorsque la servante le presse, il avoue: "Eh bien, c'est qu'on me paie à la journée pour que j'appose ces marques."
[...]

In Histoire de la Littérature Japonaise
Tome 2  - L'Isolement du XVIIe au XIXe siècle
de Shuichi Kato

dimanche 7 juillet 2013

Je suis bien plus délicate que ça



Je suis douceur de coton
loin des dentelles artificielles
des poudres aux yeux
des faux cieux
peau nue
regard clair
lovée dans une étreinte qui n en finit pas de s'étirer 
chaque nuit, un nouveau brin de lune pour la resserrer



Fragile et sauvage à la fois...





Kare-kusa no hito omou toki konjiki ni


Quand je pense à mon amour,

les herbes jaunies
paraissent d'or.


Masajo Suzuki








Hoshi




Le fil blanc au bout de mes doigts
La pièce de tissu bleue sombre
Je pense à sa lueur qui embrase l obscurité 

Haut dans la nuit 

Koishi
Pas de loup
Chuchotis
Percée de jour
Depuis mon corps endormi
Deux bras nus
Battement lent
Calme
Comme l'océan...
Sans trouble en lui

Ochida 

Ochida
Ochida...

Feuillages frissonnant

Souffle lent
Souffle court
Amour

Longs pans de toile légère bleu nuit 

Odeur de bois 
Céramique bleu sombre bleu turquoise sur bois sombre 
Dos blanc, dos nu 
Un battement de cil 
Lotus clos
Dos blanc
Bras nus 
Depuis son corps endormi

Bras nus

Cage ouverte 
Lueur fragile
Hotaru
Bleu de nuit
Hoshi 
Infini
Pluie d'encre
Peau nue 
Koishi





Yuruyaka ni kite hito to au hotaru no yo 

Je vois un homme,
mon kimono lâche.
Nuit aux lueurs de luciole. 

Nobuko Katsura 
(1914 - 2004)

[ Pont de Saint Paul, le 5 juillet 
Après l'Etang Saint Paul et la Ravine du Bernica ]