jeudi 13 décembre 2012

Jour de vent. Comme en hiver.


 Bouillon cresson - algues - poireau - siave



Chou rouge poêlé avec huile de noix et siave pour crustacés, graines de courge
Poivron rouge poêlé avec sauce pimentée sucrée déglacé au vinaigre de riz
Fenouil  poêlé avec ume su et siave avec ajout de gingembre vinaigré et de piment rouge séché



Aubergine caramélisée en rondelles cuites au four avec un mélange siave/sirop de riz/huile de sésame sur le dessus 
(1 c. à café par rondelle) saupoudrée d'un mélange de graines 
Shiitakes macérés dans le miel et le curcuma sautés avec du poireau, une c. à c. de ma confiture de kaki, déglacé au vinaigre de riz
Feuilles de brèdes Pet-Sai hachées, flocons de soja et flocons de riz - lait de coco, curry et siave
Branches de brèdes Pet-Sai sautées avec siave et huile de sésame

Plutôt un gazon de riz...voire piton selon l’appétit



gelée à base de confiture de tangor au gingembre
lamelles de mangue josé et de kaki frais prises à l'intérieur
avec un délicieux thé vert fleur de cerisier/graines de tournesol/vanille

Le nimbe d'angoisse du kaki



C'est une chose étrange à expliquer. Ça m'est difficile à comprendre moi même.
Il y a ancrée en moi une émotion sombre liée à ce fruit. 

La dernière fois que j'en ai mangé, j'avais 12 ou 13 ans. 
On nous en donnait parfois à la cantine du collège le midi.

Ça n'est pas que je n'en aime pas la saveur.
J'ai refusé d'en manger depuis.

Je me souviens de ma surprise. Je n'en avais jamais vu auparavant.
J'ai toujours adoré les fruits; depuis l'enfance, je détache ce que je trouve des branches pour y goûter. 
Je garde intact chaque souvenir, chaque bouchée, sous les arbres. 

Ce fruit là, je n'avais jamais vu le tronc qui l'avait porté.
Je n'avais pas effleuré l'écorce de l'arbre ni senti son parfum. 
Sa couleur m'attirait.
Mais il y avait une sensation étrange en moi.
Quelque chose que je peux encore ressentir maintenant. 
Un sentiment de panique. 
Une impression de suffoquer. 
Un genre de bouffée d'angoisse incongrue.
Une tristesse sinueuse qui dévale dans tout le corps.

Je m'en souviens comme si j'y étais encore.

Ça n'est qu'un fruit.

Pourtant, lorsque j'en voyais sur les étales des années après, 
pas même un instant je n'ai pensé en acheter. 

C'est curieux à dire. 
Ça n'est qu'un fruit. 

Sa peau lisse me rappelle celle des tomates. 
J'aimai croquer des tomates souvent. Des longues. Des toutes petites rondes. 
La déclinaison de jaune vibrant et d'orange sombre me captive toujours. 
La manière dont le fruit pèse dans la main.
Cette impression qu'il y a quelque chose à l'intérieur, une pesante légèreté. 
La maturité déconcertante pour moi qui mangeait quasiment tous les fruits verts et acidulés.

Je me rappelle avoir porté à ma bouche un kaki bien mûr. 
La saveur très douce.
Les tous petits grains de couleur brune de la chair, comme des traces de vanille. 
Et c'est là que le choc remonte.
C'est la chair plus que le fruit. 
Quelque chose lié au goût peut être.
Cette absence de graines...
Une pression qui part de l'intérieur et qui m'empêche de respirer. 
Rien à voir avec une allergie.
Un brouillard.
L'idée bien trop palpable que le fruit cache quelque chose prêt à surgir.

Ça peut paraître ridicule mais j'ai été courageuse hier.
Simplement en saisissant 2 kakis, pas suffisamment mûrs, et en les enfournant dans mon panier. 

Je voudrais comprendre, saisir ce fil sombre qui m'attache à ce fruit, s'enroule autour de moi et me renvoie à des profondeurs informulables.
Une sorte de secret enfoui en moi qui me scelle les lèvres.




Confiture sirupeuse de Kaki à la badiane, au gingembre et à la vanille


 Avec 3 c. à soupe de miel de fleurs de forêt
3 c. à soupe de sirop de riz
1/3 du poids du kaki en sucre de canne roux
et un autre 1/3 de sucre de canne roux plus tard


D'abord, un genre de sirop, avec un peu d'eau


 1/8 tout juste du fruit réservé


 1 petite pointe de vanille et la badiane à faire infuser


feu doux


je mixe bien en ajoutant la pulpe d'1/2 kaki frais
je remets à cuire avec le 2eme 1/3 de sucre et une lamelle de gingembre
je rajoute de l'eau, pour allonger la cuisson, et que ça ne colore pas trop vite ni ne brûle
disons 2/3 du poids total en eau à peu prêt

lorsque ça a bien réduit, je rajoute les lamelles mises de côté
je laisse encore un peu réduire en veillant à ce que ça n'attache pas
je cherche un mi chemin entre la confiture et le sirop
donc collant mais un peu coulant quand même



Délices ascétiques, délices terrestres

" Maints idéogrammes sino-japonais gardent encore la trace du dessin primitif où chaque concept était représenté à l'aide de figurines simplifiées:
dans la montagne, on voit les cimes, dans le riz les épis, dans la main les doigts, dans le cheval les jambes, dans la chèvre les cornes, dans le poisson les écailles, dans le char les roues, dans la maison le toit. Parfois des idées étranges ou émouvantes naissent des premières combinaisons élémentaires; une femme sous un toit signifie paix, tranquillité; le coeur à la fenêtre est l'anxiété; l'amour est le fil du discours autour du coeur; le mystère c'est le dragon au clair de lune; la solitude poétique, l'eau dans la forêt; la parole unie au travail signifie désorganisation, tandis que le fleuve de mots est l'enseignement. Le plus beau de tous est yasumi, repos: un homme et un arbre. Quel sublime poète pensa à symboliser le concept en unissant l'être le plus inquiet et le plus tourmenté de la création au plus stable et au plus sage? "

In Japon par Fosco Maraini
(p. 227-228)


Malice

"Maman, je veux te dire un secret"
Chuchote
"Maman!"
"Je t'aime très fort dans les étoiles"



Humeur: Vanessa Paradis - Bliss

Un petit grain de pluie

Les yeux ouverts puis refermés un peu plus longtemps.
J'ai manqué de peu le lever du jour ce matin.
Reste encore suffisamment de temps pour apprécier le calme infini sur la plage.
Quasiment personne, les nuages lourds qui descendent sur la côte, cachant encore le soleil.
La houle forte qui fait des remous sur le bord. 
Le sentiment puissant renouvelé chaque jour d'être simplement vivante. 

Juste le temps de savourer mon yoga et ma méditation que la pluie commence à tomber.
Juste derrière mes pas pour rentrer.
Juste après le cardinal de feu qui se pose pour venir m'accueillir devant la cuisine.
Juste lorsque ma fille se réveille et me donne toute la chaleur de son petit corps en se lovant dans mes bras. 

Une suspension douce.

Un matin loin d'être gris, un matin d'explosion de couleurs.
Un sourire qui s'est étiré dans mon corps tout le long du jour. 
Depuis les yeux ouverts en regardant l'horizon à ma fille assise avec un livre pendant que je cuisine.
De la soupe et la galette de riz avalée en vitesse avant d'aller à l'école jusqu'à la barre au sol d'1h qui m'a laissé un goût de pas assez. 
De mes doigts dans ses cheveux à sa main dans la mienne. 
Une tendresse immense, un cocon d'enfance, jour de pluie.
J'ai encore le goût de bon nombre d'averse dans la tête.
La saveur de ravine en crue.
Les bassins à l'eau renouvelée.
Les flaques creusant les chemins de sable.




Demain, jour de marché et quête de miso
En attendant
Soupe cresson - brèdes Mafane - algues - coriandre - siave 

Galette de riz avec mix pâte de piment rouge et beurre de cacahuète 
et deux belles feuilles de salade verte bien croquantes



Le temps de quitter ma fille et de boire un thé vert
Apprécier d'avoir le temps pour le prendre
Prendre le temps de manger

Je ne sais pas ce que j'aime le mieux
Cuisiner
ou manger



Petits pois au wasabi 
Courgette curry au lait de coco 
Chouchou poêlé huile de sésame et siave avec quelques graines de courge
Carotte et Shiitake colorés avec gingembre mangue, sirop de riz et ume su

J'apprécie particulièrement le croquant et le jeu avec les saveurs
(les couleurs aussi, j'avoue)



Envie de mangue verte au piment
Mais mangues mûres sous la main
Alors mange josé en lamelles 
ume su, tour de poivre 5 baies et gingembre vinaigré



Et finalement une salade
J'avais très envie que ça croque ce matin
Il me manquait le radis noir 
Salade verte, poivron vert, pomme verte, une tomate cerise jaune 
Le tout saupoudré de flocons de soja, de graines et d'algues 
Sauce à base d'huile de noix, d'un mix vinaigre de riz et de citron galet, et du siave


Sur la liste du marché, certainement des brédes Pet-saï, puis d'autres
Du Jacques si j'en trouve mûr
Du fruit à pain un peu
Des mangues carottes
Du radis noir, du concombre et les choses habituelles
L'indispensable coriandre et le basilic
De la citronnelle... celle du jardin est trop jeune
Et plein de citrons galets, de tangors et de tamarins
J'ai envie de gelée acidulée
Des acras de songe dans un coin de la tête
Voir des beignets d'aubergine

Un petit grain de pluie - Y farine